1919-1929, la naissance du football français en Alsace

Publié le 30/01/2019

A la fin de la première guerre mondiale, le football devient un outil symbolique de rattachement de l’Alsace à la France. Bien qu’en proie à de nombreuses difficultés, il s’organise rapidement et progressivement sous l’égide de la Ligue d’Alsace de Football Association, instance née en 1919 dans un contexte de francisation de l’Alsace. Focus sur la période 1919-1929, décennie fondatrice du football moderne alsacien (ici le SC Sélestat, premier champion d’Alsace saison 1919/1920 – photo DR). 

Dès fin novembre 1918, quelques jours seulement après la signature de l’armistice, le football alsacien amorce sa métamorphose. Afin de s’intégrer à la France, de nombreux clubs choisissent de « franciser » leur nom, à l’image du « Sport Verein Strasbourg » qui devient l’Association Sportive de Strasbourg dès le 29 novembre 1918. Alors que certains prennent le partie de franciser leur nom, d’autres optent même pour un changement de nom, à l’instar du FC Neudorf, devenu Racing Club de Strasbourg en mai 1919. Parallèlement, bien que décimé par les pertes humaines, le manque d’infrastructures, de moyens financiers et la vétusté du réseau ferroviaire, la vie footballistique reprend petit à petit dès la fin de l’année 1918, où les premières rencontres post-guerre sont organisées. 

Les prémices de la LAFA
Le 22 décembre 1918 à Strasbourg, l’ASS rencontre le 49e bataillon de chasseurs à pied et le FC Neudorf, se frotte au régiment du 4e Zouaves, partie de football appelée « première rencontre de la Liberté ». Dans la foulée, trois compétitions sont instaurées en Alsace afin de préparer la saison à venir : la coupe des régions libérées, la coupe Deubel et la coupe de Mulhouse. Dans leur sillage, une organisation va, dès janvier 1919, sortir de terre. Nous sommes le 26 Janvier 1919, suite à un match opposant le FC Mulhouse et l’AS Strasbourg, Georges Levy, président de l’époque de SC Sélestat et cinq autres pionniers formèrent le premier comité du football alsacien, le comité Régional des Sports Athlétiques, qui fait le choix de s’affilier dans un premier temps à l’instance nationale du sport français, l’USFSA. Fédération omnisport, l’USFSA est un organisme concurrent du Comité français Interfédéral, instance qui deviendra quelques mois plus tard, le 7 avril 1919, le Fédération Française de Football Association. La « FFF » créée, le Comité régional d’Alsace va être sommé de la rejoindre, ce qu’il fera le 1er novembre 1919, jour de création officielle de la Ligue d’Alsace de Football Association. Loin des formalités administratives et des enjeux politiques liés à l’organisation du football sur le plan national, le football s’évertue à reconstruire les liens brisés entre Alsaciens et Français dès le printemps 1919.

Reconstruire les liens
Le 23 mars 1919, une rencontre hautement symbolique est organisée à Paris entre une sélection d’Alsace et une de l’USFSA. Premier match dans la capitale d’une équipe alsacienne depuis plus de 50 ans, cette opposition marque le coup d’envoi d’une série de rencontres entre des clubs alsaciens désireux de se confronter à d’autres clubs français. Amorcé, le processus de réconciliation entre Alsaciens et Français va s’amplifier à l’orée de la saison 1919/1920 par la première participation de clubs alsaciens à l’ex-coupe Charles Simon, rebaptisée coupe de France.

Georges Levy, premier président de la Ligue d’Alsace de Football Association – photo DR.

Si les parcours du FC Mulhouse, du SC Sélestat et de l’AS Strasbourg s’arrêtent prématurément dans cette édition 19/20, ils permettent néanmoins une assimilation totale, au travers du football, de l’Alsace à la France. Preuve en est, ils seront 12 clubs l’année suivante à participer à la compétition nationale, multipliant par quatre le nombre d’équipes alsaciennes engagées dans la reine des épreuves en l’espace d’une saison. Année fondatrice pour la naissance du football français en Alsace, 1919 est synonyme de création du premier championnat d’Alsace Français, débuté le 5 octobre 1919 et remporté le 22 février 1920 par le SC Sélestat face au FC Mulhouse (2-1), lors de la finale opposant les champions de chaque département jouée devant plus de 4 000 spectateurs à Mulhouse. La première pierre des compétitions régionales posée, la structuration du football alsacien va contribuer à l’éclosion de nombreux clubs de football en Alsace dans les années suivantes. De 39 en 1919, ils sont 127 en 1929, multipliant au passage par 5 le nombre de licenciés, passés en dix ans d’un peu plus de 900 à près de 5000.

Des cigognes parmi les coqs
En plein essor, le football alsacien se densifie tant quantitativement que qualitativement. Conséquence directe de l’évolution exponentielle du nombre de ses pratiquants, il va connaître pendant la décennie 19/29 ses premiers joueurs appelés à évoluer sous la tunique frappée du coq. Le 29 Février 1920, Alfred Roth, défenseur de l’AS Strasbourg, est le premier alsacien à être sélectionné en équipe de France. Il participe à la victoire 2 buts à 0 des Bleus face à la Suisse, sa seule et unique sélection. Illustre symbole, le pionnier des Tricolores alsaciens va être imité par plusieurs de ses compatriotes entre 1919 et 1929. Paul Bloch (FC Mulhouse, 1 sélection en 1921), Emie Friess (AS Strasboug, 2 sélections en 1922), Grégoire Berg (Red Star Strasbourg, 1 sélection en 1922), et le premier buteur alsacien en équipe de France Ernest Gross (Red Star Strasbourg, 5 sélections entre 1924 et 1925) vont tour à tour asseoir la démarche d’intégration de l’Alsace à la France entre 1920 et 1925. Dans leurs traces, le premier alsacien à s’installer durablement en équipe de France sera Willy Lieb, joueur du FC Bischwiller qui du haut de ces 15 sélections honorées entre 1925 et 1929 et de ses deux buts marquera à jamais l’histoire du football alsacien sous pavillon bleu-blanc-rouge.

Enterrer la hache de guerre
Alors que Willy Lieb porte haut et fort les couleurs de l’Alsace sur la scène nationale, le football alsacien va jouer un autre rôle, dans le réchauffement des relations diplomatiques entre la France et l’Allemagne à partir de la 2e moitié des années 20. Interdites de 1919 à 1924, les rencontres franco-allemandes vont à nouveau être autorisées à l’orée de la saison 1924-1925. Bien que réticents de prime abord, les Alsaciens vont finalement accepter la décision de la Fédération et, symboliquement, être les premiers à tisser des relations sportives avec les Allemands. Au mois de novembre 1924, le premier match franco-allemand de l’après-guerre, joué outre-Rhin, oppose Saint-Louis au FC Loerrach. Quelques jours plus tard, 5500 spectateurs assistent à la rencontre entre l’AS Strasbourg et le FC Fribourg au stade Tivoli. Les prémices de relations qui se pacifieront à partir des années 30, période où les clubs français commenceront à recruter des footballeurs allemands, période aussi, des débuts du football professionnel en France. Un professionnalisme porté par un certain Georges Levy, le président de la LAFA ayant largement contribué à l’émergence du statut de joueur professionnel par ses projets menés en qualité de président de la commission du joueur rétribué à la Fédération Française de Football…

Article publié le mercredi 30 janvier 2019 à 12:08

Par Steve Delannée

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