1949-1959, l’Alsace rayonne au-delà de ses frontières

Publié le 30/04/2019

Après une décennie 39-49 marquée par les affres de la seconde Guerre Mondiale et la renaissance de LAFA sitôt le conflit terminé, l’institution se reconstruit progressivement à l’aube des années 50. Si la période voit une curieuse stagnation du nombre de clubs alsaciens et de leurs licenciés, elle n’en est pas moins propice à la structuration du football local, à son rayonnement sur la scène nationale avec la sélection des cadets d’Alsace et le titre du Racing lors de la coupe de France 1951. Un rayonnement qui éclatera même aux yeux du football mondial, lors d’une période ou plusieurs Alsaciens s’installent en équipe de France. Focus…

À l’aube de son 30e anniversaire, la Ligue d’Alsace de Football Association et son secrétaire général, Aimé Gissy, passe à la vitesse supérieure en se penchant sur la question de la sécurité de ses licenciés. En mai 1948, la Mutuelle d’assurance des risques sportifs dénommée « MARS » voit le jour. Association mutuelle d’assurances à cotisations variables propre au football alsacien, la MARS est une grande première sur le territoire national. La licence-assurance fait sa première appariation lors de la saison 1948-1949, un modèle reconduit par la FFF quelques années plus tard. Côté terrain, lors de la saison 1949-1950, 403 clubs sont affiliés à la Ligue d’Alsace (pour un total de 12705 licenciés).

A la gloire de l’ASCA
Parmi eux, un va particulièrement se distinguer et progressivement devenir LE club amateur des années 50 en Alsace, l’ASCA Wittelsheim. Créée trois ans plus tôt, la coupe d’Alsace va être le théâtre des plus beaux exploits du club situé en périphérie de l’agglomération mulhousienne. Forte de son identité minière, l’Association Sportive des Colonies Amélie Wittelsheim bénéficie du renfort de nombreux footballeurs polonais, démobilisés pour travailler aux Mines. Nouveau venu en Division d’Honneur, l’ASCA enlève la première coupe d’Alsace de son histoire le 4 juin 1950 en dominant le FC Mulhouse au stade de la Frontière de Saint-Louis devant plus de 1500 spectateurs. Fort de ce premier succès, les coéquipiers d’Opala vont récidiver l’année suivante en dominant en finale de la coupe régionale La Walck le 10 juin 1951 à Strasbourg. Exceptionnelle, la saison 50/51 sera aussi celle du titre de champion d’Alsace de la Division d’Honneur pour la formation de Marcel Schlotter qui est promue en championnat de France amateur la saison suivante (photo DR). De 52 à 59, l’ASCA Wittelsheim, qui navigue entre le Division d’Honneur et le CFA, va disputer cinq nouvelles finales de coupe d’Alsace (52, 53, 57, 58, 59) et en inscrire deux nouvelles à son palmarès (53 et 57), faisant de club minier le club le plus titré de l’histoire de l’épreuve au début des années 60, devant le Racing Club de Strasbourg amateur qui n’en comptabilise « que » trois (52, 55, 58) à cette période. 

Le sacre de 1951
Repêché au premier échelon du foot français à l’aube de la saison 49/50 après l’arrêt du professionnalisme des SR Colmar suite au décès de leur président mécène, Joseph Lehmann, le Racing Club de Strasbourg est, au début des années 50, le seul représentant alsacien dans l’élite du football français. De 1949 à 1959, le RCS va petit à petit s’installer dans le paysage de l’élite hexagonale, malgré ses deux descentes de 52 et 57, relégations  étant immédiatement suivies d’accessions dans l’année suivante. Si le Racing Club de Strasbourg a trouvé sa place en première division dans les années 50 et terminera même 4e de l’exercice 54/55 grâce notamment à son prodige autrichien Ernst Stojaspal, c’est une autre épreuve qui va le révéler aux yeux du football français, la coupe de France.

Finaliste malheureux de la vieille Dame lors de la saison 46/47 face au LOSC, les Strasbourgeois ne vont, en cette édition 50/51, pas laisser passer leur chance face à un autre club nordiste, l’US Valenciennes-Anzin. Dans un stade Yves du Manoir de Colombes plein comme un œuf (61 492 spectateurs, un record pour l’époque), les coéquipiers de René Hauss ne font qu’une bouchée des Nordistes dans un match à sens unique où René Bihel, Raymond Krug et André Nagy permettent au Racing de remporter la première coupe de France de son histoire (3-0). Fêtés en héros par une foule en liesse massée au centre-ville de la capitale alsacienne,  les hommes de Charles Nicolas écrivent, à l’époque, la plus belle page de l’histoire du club.

Les cadets d’Alsace champions de France !
Inscrite dans toutes les mémoires des Alsaciens amateurs de football, la date du 6 mai 1951 est également historique pour la Ligue d’Alsace de Football. En lever de rideau de la finale de la coupe de France, la sélection des Cadets d’Alsace dirigée par Edouard Klein dispute la finale de la coupe nationale des cadets face à celle de la Lorraine. Après avoir battu en quart de finale la sélection du Sud-Est 2 buts à 1 à Bischwiller et celle du Midi en demi-finale 2 buts à 0, les Alsaciens dominent les Lorrains 3 buts à 2 grâce à des réalisations de Kauffmann, Muller et Geissmann. Grande fierté régionale, ce premier succès alsacien dans cette compétition vient récompenser la politique de formation des jeunes mis en place par la LAFA depuis sa reconstruction en 1945. Prisée et populaire, cette épreuve a révélé de nombreuses gloires du football alsacien, à l’instar de cette cuvée 1951, composée des futurs internationaux Lucien Muller et Jean Wendling.

Riche de talents, l’Alsace va, au cours de la décennie 1949-1959, se révéler comme une formidable terre d’internationaux appelés à évoluer sous la tunique frappée du coq. Alsacien le plus capé en Bleus, Raymond Kaelbel en est l’exemple le plus parlant. Solide défenseur central, le Colmarien de naissance passé par le Racing Club de Strasbourg, l’AS Monaco ou encore le mythique Stade de Reims, va porter à 35 reprises le maillot tricolore de 1954 à 1960, jouant au passage la coupe du Monde 54 en Suisse et le Mondial 58 en Suède. Lors de ce dernier, il fait partie de l’équipe type des Bleus – aux côtés des Kopa et autre Fontaine – qui décrochera une historique 3e place face à la RFA à Göteborg. Comme pour le nom de Kaelbel, l’histoire alsacienne de l’équipe de France dans les années cinquante est indissociable de celui de Remetter, François de son prénom. International entre 1953 et 1959, le natif de Strasbourg surnommé le « voltigeur » participe également aux coupes du Monde 54 et 58 en compagnie de Raymond Kaelbel et reste, à ce jour, le portier alsacien le plus capé de l’histoire des Bleus. Il honore sa 26e et dernière sélection le 17 décembre 1959 au Parc des Princes face à l’Espagne. Historique pour Remetter, cette date l’est aussi pour le football alsacien…

Les quatre Alsaciens sous le coq, debouts de gauche à droite à partir du deuxième : François Remetter, Raymond Kaelbel, Jean Wendling et Lucien Muller © Médiathèque FFF.

17 décembre 1959 
Lors de cette rencontre amicale jouée devant 38 622 spectateurs, quatre alsaciens sont titulaires sur la pelouse du Parc. Pour sa dernière apparition en Bleu, François Remetter, alors portier du FC Limoges, est aligné d’entrée en compagnie de Raymond Kaelbel (AS Monaco) et des deux Alsaciens du Stade de Reims, Jean Wendling et Lucien Muller. « L’équipe aux quatre Alsaciens », comme elle sera rebaptisée par la suite, domine la Roja 4 buts à 3, Lucien Muller se distinguant tout particulièrement en inscrivant le premier but français. A l’aube des années 60, le football alsacien, fort de ses héros tricolores et de son club professionnel, baigne dans une douce félicité, le nombre de pratiquants reparti à la hausse avoisinant même la barre symbolique des 15 000 licenciés…

Article publié le mardi 30 avril 2019 à 12:34

Par Steve Delannée

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