1969-1979 : la décennie de la confirmation

Publié le 02/07/2019

Epoque marquée la prise de fonction d’Yves Muller, 4e président de la LAFA, le développement du football féminin, les carrières internationales des Alsaciens Jean-Noël Huck et Léonard Specht, les coups de sifflets de Robert Wurtz et Georges Konrath en passant par l’explosion du nombre de licenciés en Alsace et, bien sûr, le titre de champion de France du Racing (photo DR), la décennie 1969-1979 est une période exceptionnelle pour le football alsacien. Une période où l’Alsace rayonne au sommet du football français. Immersion… 

Secouée en interne par un conflit ouvert entre l’ex-arbitre international Pierre Schwinté et Aimé Gissy, son secrétaire général, la LAFA voit, à l’aube des années 70 René Herrmann, son président depuis 1967, jeter l’éponge cinq ans après en avoir pris les rênes. Une petite révolution pour l’instance alsacienne, véritable modèle de stabilité depuis sa création et les présidences successives de Georges Levy (1919-1935) et de Jacques Lambling (1935-1967).

Le 9 décembre 1972, à la salle Sainte-Barbe de Sélestat, Yves Muller, avocat colmarien, devient le 4e président de l’histoire de la Ligue d’Alsace de Football. Charismatique, le nouvel homme fort de la Ligue souhaite mettre en place un festival d’innovations, à tous les niveaux.

Le foot à 7
Amorcée à la fin des années 60 par Ernest Jacky, le conseiller technique régional, le football des jeunes poursuit son développement, des écoles de football fleurissant aux quatre coins de l’Alsace aux débuts des années 70. De plus en plus structuré, il va être bouleversé par l’idée géniale d’un certain Marcel Fritsch, dirigeant de Saint-Louis qui soumet à Ernest Jacky l’idée d’un football réduit, à 7, pour les plus jeunes.

Non sans mal, le conseiller technique réussi à convaincre les représentants des commissions des jeunes alsaciennes. En 1974, le foot à 7 est officiellement créé. Dans son sillage et grâce à d’autres innovations comme la création des sections sport-études et la création des compétitions pour les poussins et les débutants, le nombre de licenciés en Alsace explose. Entre 1969 et 1979, la LAFA voit son nombre de licences tout simplement doubler, passant de 23 543 lors de la saison 68/69 à 47 725 dix ans plus tard.

Véritable chef d’orchestre d’une Ligue devenue un laboratoire pour les autres instances du foot français, Yves Muller cherche en, permanence à renouveler le football alsacien et à le transformer, à l’instar du développement de la place de la femme (il nomme en 1974 Marie-Thèrese Hiessler directrice de la LAFA) dans le football alsacien et de l’éclosion de sa pratique.

L’essor du foot féminin
Créé à la fin des années 60, le foot féminin alsacien progresse rapidement, une quarantaine d’équipes s’étant lancées dans l’aventure au milieu des années 70. En 1975, la première commission régionale féminine de la LAFA est créée, présidée par Fernand Bourger. Preuve de la vitalité du foot féminin alsacien, de nombreuses féminines, les pionnières, s’installent chez les Bleues.

La première, Aline Meyer, honore sa seule et unique sélection avec l’équipe de France féminine le 28 août 1971 lors du match pour la 5e place remporté par la France face à l’Angleterre 3 buts à 2 lors de la coupe du Monde « pirate » organisée au Mexique. A jamais la première internationale alsacienne de l’histoire, Aline Meyer va susciter des vocations dans les années 70. A partir de 1972, Michèle Wolf, un monument du foot alsacien, s’installe progressivement chez les Bleues.

Capitaine tricolore à huit reprises au cours de sa carrière internationale, l’attaquante du Stade de Reims honorera 35 capes sous le maillot bleu entre 1972 et 1986. Période faste pour le foot féminin, les années 70 voient également Michèle Bariset (5 sélections entre 73 et 76), Arlette Bihler (4 sélections entre 73 et 79) et Clarisse Scherrer (2 sélections en 75) rejoindre tour à tour les rangs d’une équipe de France quelque peu « alsacianniser ».  

Michèle Wolf, capitaine de l’équipe de France face à l’Italie en 1982 (photo Médiathèque FFF).


Du côté des hommes, les années 70 ne sont pas en reste en matière d’Alsaciens sous la tunique frappée du coq. Gilbert Gress (3 sélections), Marc Molitor (10 sélections), André Rey (10 sélections), Albert Gemmrich (5 sélections) et surtout Jean-Noël Huck (17 sélections) et Léonard Specht (18 sélections), permettent à l’Alsace de bénéficier d’une belle représentation chez les Bleus. Parmi ces internationaux, trois sont à jamais indissociablement liés à la plus belle page de l’histoire du football alsacien, le titre de champion de France décroché par le Racing lors de la saison 1978/1979.

Avec Gilbert Gress aux commandes de l’équipe, Albert Gemmrich, Léonard Specht et leur bande (photo DR), remontés en D1 deux ans plus tôt, vont, à la surprise générale, décrocher aux nez et à la barbe des ténors du championnat le seul et unique titre de champion de France de D1 du Racing.

Ayant misé sur la continuité d’un groupe qui lui avait donné satisfaction l’année précédente en terminant sur la troisième marche du podium du championnat, Gilbert Gress sait qu’il jouit d’un effectif exceptionnel, soudé, et capable de grandes choses. Les 38 journées de championnat de cette saison historique vont lui donner raison, le Racing, au prix d’une dernière victoire un soir de 1er juin 79 à Gerland face à l’OL, atteignant le nirvana et plongeant toute l’Alsace dans une liesse populaire indescriptible. Véritable coup de tonnerre dans le foot français, la réussite du club strasbourgeois est aussi le résultat de tous les efforts des clubs amateurs au service de la formation des joueurs alsaciens.

L’invincibilité de l’AS Vauban
Chez les amateurs, les années 70 sont marquées par le drôle de mariage entre le Racing et les Pierrots Vauban, champions de France de CFA en 1970. Le RPSM (Racing-Pierrots-Strasbourg-Meinau) sera finalement un échec, certains dirigeants des « Pierrots » prenant l’initiative de s’en séparer dès juin 71 pour créer l’AS Vauban.

Reparti tout en bas de l’échelle du foot alsacien, l’AS Vauban va réaliser une invraisemblable série d’invincibilité, 113 matchs, qui vont lui permettre de rapidement revenir à sa place. Sous la houlette de Charles Hoffmann et de Raymond Hild, le club va, en l’espace de six saisons, passer de la Division IV au CF3 après son titre de champion de la DH lors de la saison 76/77.

L’élite du foot amateur français, rebaptisée CF3 à partir de la saison 71/72, d’autres clubs alsaciens y évoluent pendant les années 70. Le FC Mulhouse, l’AS Mulhouse, l’AS Strasbourg, le FCSK 06, le FC Kronenbourg, l’AS Mutzig, l’ASCA Wittelsheim, les SR Colmar, le FC Saint-Louis ou encore les SR Haguenau sont les principaux porte-drapeaux du football local de la décennie 69/79.

Hirtzfelden écrit l’histoire
Si bon nombre de ces formations trustent la coupe d’Alsace pendant cette décennie, un club, le FC Hirtzfelden va s’inviter à la table des grands en soulevant à deux reprises la trophée régional en 1972 et 1979. Emmené par leur président-entraîneur-joueur Paul Schebacher, les Haut-rhinois, alors en PH, écrivent la plus belle page de leur histoire le 10 juin 72 à Sélestat devant près de 3000 spectateurs.

Pas vraiment favoris sur le papier face à l’ogre strasbourgeois qu’est le RPSM, ils déjouent tous les pronostics pour s’imposer 3 buts à 1 et enlever l’édition 71/72 de la coupe d’Alsace. Une première historique qui sera suivie par une seconde en 79 et une troisième en 81 qui place le FC Hirtzfelden au sommet du football amateur pendant cette période.

Les sommets, Robertz Wurtz et Pierre Konrath les ont également tutoyés pendant les « seventies ». Arbitres internationaux l’un comme l’autre, ils ont admirablement repris le flambeau de l’arbitrage alsacien au plus haut niveau du football mondial après les coups de sifflets de Pierre Schwinté dans les années 60.

Trois finales de coupe de France pour Konrath, deux pour Wurtz et une finale de coupe d’Europe des clubs champions (en 76/77 pour Robert Wurtz et en 81/82 pour Georges Konrath) et de nombreux matchs internationaux les ont propulsés, l’un comme l’autre au panthéon des arbitres internationaux alsaciens.

Article publié le 2 juillet 2019 à 8:26

Par Steve Delannée

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