1979-1989 : Les Pierrots Vauban et le FC Mulhouse au sommet !

Publié le 24/07/2019

Célébré en 2019, le centenaire de l’organisation du foot en Alsace est décrypté, décennie par décennie dans les numéros d’Alsace Foot. Le septième volet de cette série historique vous plonge dans la période 1979-1989, époque marquée par le retour au premier plan du FC Mulhouse (photo 100 ans de foot en Alsace), les grandes heures des Pierrots Vauban, les carrières tricolores des Alsaciens Léonard Specht, Bernard Genghini et Albert Rust, la fin de carrière de l’arbitre Georges Konrath, en passant par la barre symbolique des 50 000 licenciés au sein de la LAFA et l’organisation de l’Euro 84 dans un stade de la Meinau flambant neuf. Immersion… 

A la fin des années 70, le football alsacien est sur un petit nuage. Champion de France en 1979, le RC Strasbourg de Gilbert Gress participe pour la première et unique fois de son histoire la saison suivante à la coupe d’Europe des clubs champions, l’ancêtre de la Ligue des Champions. Après avoir éliminé l’IK Start au 1er tour (victoire 2-1 et 4-0) et le Dukla Prague au 2e (défaite 1-0 à l’aller, victoire 2-0 ap au retour), le Racing offre à ses supporters une double confrontation de prestige face à l’AJAX d’Amsterdam.

Après un nul encouragent à domicile (0-0), les Strasbourgeois s’inclineront lourdement en terre hollandaise (4-0), défaite synonyme d’élimination au stade des quart de finale. Malgré cette jolie parenthèse européenne, l’équipe fanion du club présidé par André Bord n’est pas à la hauteur des espérances placées en elle. Cinquième à l’issue de l’exercice 79/80, le RCS ne confirme pas sur le terrain, et côté coulisses, une grave crise va éclater à l’orée de la saison suivante en raison de profonds désaccords entre Gilbert Gress et André Bord.

Le 23 septembre 1980, au soir d’une défaite face au FC Nantes à la Meinau, l’entraîneur strasbourgeois est remercié, plongeant la Meinau dans une ambiance irréelle. En colère, les supporters mettent à sac leur enceinte. Des émeutes éclatent, un incendie est déclenché à l’intérieur du stade et seule l’intervention des CRS et des gaz lacrymogènes permettront le retour calme. Après cette triste nuit du 23 septembre, les résultats sportifs du Racing vont progressivement se dégrader saison après saison. Lors de la saison 85/86, le Racing finit par être relégué dans l’antichambre du foot français, recroisant alors la route d’une vieille connaissance, le club voisin du FC Mulhouse.  

Le retour au 1er plan du FCM
Car si le temps est plutôt maussade au-dessus de Strasbourg dans les années 80, à l’autre bout de l’Alsace, à Mulhouse, il est plutôt radieux. Abandonné au statut professionnel depuis 1946, le FC Mulhouse revient sur le devant de la scène dans les années 80. Après avoir pris ses quartiers dans son nouveau stade de l’Ill en 1979, enceinte avec une capacité de 12 600 places, le club fécémiste prend amorce un nouveau virage en 1980 avec l’arrivée de son président sundgauvien André Goerig.

Deuxième du championnat de France de Division 3 en 1981, le club emblématique de la cité du Bollwerk prend l’ascenseur en lieu et place des Pierrots ayant refusé l’accession en D2. Aussitôt, la section professionnelle est recrée, 35 ans après sa dissolution. L’engouement du public réel, il n’est pas rare de voir 10 000 curieux se presser dans les travées du stade de l’Ill pour supporter le FCM comme lors de cette rencontre face au leader rouannais lors de la saison 81/82.  A l’issue de cette saison, l’équipe de Jean-Marc Guillou, après des barrages d’accession remportés face à l’US Valenciennes-Anzin, retrouve l’élite du foot français près de 44 ans après l’avoir quittée.

Bien que redescendu tout de suite, le FCM a retrouvé son lustre d’antan et vit l’une de ses plus belles périodes lors des années 80. Habitué au haut de tableau de la D2 dans la deuxième moitié des années 80 mais échouant, en barrage, aux portes de la D1 quatre saisons consécutivement, l’équipe fanion emmenée alors par Didier Notheaux touchera à nouveau à son but en 88/89. Vice-champion de France de D2 et promu en D1, le FCM est à l’aube des années 90 le fer de lance du football alsacien en compagnie d’un Racing qui vient de retrouver la D2 après une défaite en match de barrage face au stade Brestois.

Chez les amateurs, la décennie 1979-1989 est marquée par la confirmation du retour au premier plan des Pierrots Vauban. Confortablement installé depuis la fin des années 70 en D3, l’élite du football amateur français, les Pierrots Vauban coachés par un certain Raymond Kaelbel vont éclabousser la France de leur talent. Quintuple, champion du Groupe Est du CF3, en 80, 81, 82, 84, et 86, le Vauban d’Emile Stahl – qui refusera systématiquement la montée en D2 par crainte du gouffre financier généré par le monde professionnel – assoit au passage sa domination sur la coupe d’Alsace.

Passé par le Racing Amateur, Hirtzfelden, le FC Mulhouse et l’AS Strasbourg dans la première moitié des années 80, le trophée régional va passer sous pavillon pierrots quatre saisons consécutivement, de 84 à 87. Abandonnée au Red Star Mulhouse en 88, la coupe d’Alsace va réinvestir le club-house de l’ASP Vauban, sa maison, en 1989, au soir de la 8e victoire dans l’épreuve remportée par les Strasbourgeois face à l’AS Westhouse.

50 000 licenciés !
Si la légitimité des Pierrots comme fer de lance du foot amateur alsacien ne se discute pas à cette période, elle ne doit pour autant pas occulter la très bonne dynamique d’autres clubs alsaciens présents dans l’élite du foot amateur français à cette époque. Outre les réserves du FC Mulhouse et du Racing Club de Strasbourg, habitués aux joutes du CF3, les formations des SR Haguenau, de l’AS Strasbourg, du FCO Neudorf, du FCSK 06 s’y distingue également au cours de cette décennie.

A l’échelon inférieur, la Division 4, l’Alsace n’est pas non plus en reste, fièrement représentée par plusieurs clubs emblématiques. Le FC Haguenau, le Red Star Mulhouse, l’AS Mulhouse, l’AS Sundhoffen, les SR Colmar, le FC Kronenbourg ou encore le FC Kogenheim sont les illustres représentants de cette nouvelle division créée à la fin de années 70 pour répondre au développement croissant du football synonyme d’explosion du nombre de clubs.

L’Alsace ne déroge évidemment pas à la règle. Dans les années 80, la LAFA d’Yves Muller enregistre une augmentation significative de son nombre de clubs et de licenciés accompagnée par un développement constant d’un football féminin emmené par deux locomotives, le FC Vendenheim et l’ASPTT Strasbourg. Lors de la saison 1980/1981, la Ligue d’Alsace de Football compte 722 clubs affiliés, le plus grand nombre de clubs jamais enregistré en Alsace. Quelques années plus tard, en 1984, l’instance alsacienne fête son 50 000e licencié.

La Meinau, théâtre des rêves
Année faste pour le football local, 1984 est aussi celle de la rénovation du stade de la Meinau, inauguré en avril 1984 avec un match international opposant l’équipe de France à la RFA. Ultra moderne, le stade du Krimmeri est également choisi quelques semaines plus tard pour accueillir deux rencontres de l’Euro 84 disputé en France, RFA-Portugal et Danemark-Belgique. Ce championnat d’Europe 1984 organisé dans l’Hexagone, la bande à Platini va le remporter avec en son sein, le deuxième alsacien le plus capé de l’histoire en équipe de France, Bernard Genghini.

Apparu à 27 reprises sous la tunique frappée du coq entre 80 et 86, Bernard Genghini aura marqué l’équipe de France de son empreinte, y inscrivant six réalisations et décrochant le titre de champion d’Europe 84 (photo Médiathèque FFF).

Du haut de ses 27 sélections, l’enfant d’Issenheim va vivre ses plus fortes émotions de footballeur en Bleu. Du tristement célèbre souvenir de Séville 82 où il sortira blessé, au titre de 84 en passant par la 3 place décrochée lors du Mondial 86 mexicain, Bernard Genghini aura été le principal représentant du football alsacien au sommet du foot mondial dans les années 80.  Le principal mais pas le seul. Sélectionné à 18 reprises entre 1978 et 1985, Léonard Specht portera également haut et fort les couleurs de l’Alsace sous pavillon bleu, au même titre qu’Albert Rust, la doublure de Joël Bats chez les Bleus, paré d’or lors des JO 84, vainqueur de l’Euro 84 et titularisé pour sa seule et unique sélection tricolore lors de la petite finale du Mondial mexicain remportée 4 buts à 2 face à la Belgique.

Au Hall au Fame du football alsacien, un autre grand nom va définitivement raccrocher les crampons, ou plutôt le sifflet, au cours des années 80 après une carrière exceptionnelle. Après 18 ans d’une carrière débutée en Promotion d’Honneur et terminée au niveau international, Georges Konrath tire sa révérence en 1985 à 48 ans. Au cours d’une carrière exceptionnelle, l’enfant de Schwindratzheim aura officié 274 matchs de D1, participé à trois finales de coupe de France (77, 80, 81), siffler de nombreux matchs internationaux et arbitré une finale de la coupe d’Europe des clubs champions, remportée par Aston Villa face au Bayern Munich à Rotterdam lors de la saison 1981/1982. Instructeur pour la FIFA et contrôleur pour l’UEFA, Georges Konrath œuvrera parallèlement au sein de la FFF et de la LAFA pendant les années 90, au service d’un football qui lui sera éternellement reconnaissant.

Article publié le mercredi 24 juillet 2019 à 10:31

Par Steve Delannée

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