Futsal, une nouvelle dimension ?

Publié le 19/02/2018

Au centre d’un vaste plan de développement fédéral depuis plusieurs années, le futsal français se structure progressivement. Avec les récentes performances de l’équipe de France lors de l’Euro slovène début février et la construction de nouvelles structures outdoor notamment, la discipline a franchi un cap et semble prête à passer à la vitesse supérieure (photo Carine Triquet). Le point.

522 000 téléspectateurs. C’est le pic d’audience enregistré par l’Equipe 21 – diffuseur de l’Euro slovène –  au plus fort du premier match de l’équipe de France futsal face aux septuples tenants du titre espagnols le 31 janvier dernier. Un chiffre exceptionnel, signe d’un intérêt naissant du grand public pour une discipline qui prend de plus en plus d’envergure. « L’ensemble du monde sportif a été sensibilisé à la pratique, cette médiatisation légitime l’activité, lui donne du crédit, il faut surfer sur cette vague, » se réjouit Pierre Jacky, le sélectionneur des Bleus.

Bénéfique pour l’opération séduction à l’égard des futurs pratiquants, cet éclairage sur la pratique devrait également avoir des répercussions positives sur un autre acteur, indissociable de son développement, les pouvoirs publics. Car si l’attrait pour la discipline ne fait plus l’ombre d’un doute – en atteste les statistiques du sport scolaire qui la placent au premier rang des pratiques sportives en UNSS avec ses quelques 180 000 usagers – son développement reste pour le moment majoritairement freiné par la manque d’infrastructures et de créneaux disponibles dans les gymnases. « 99% des créneaux en salle sont occupés. Nous sommes en tension sur les espaces de pratique, le développement du futsal passera par des nouveaux espaces mutualisables, » explique Patrice Feys, conseiller technique régional responsable du développement futsal au sein de la LGEF.

Structures outdoor en approche
Premier socle du plan de développement et de structuration du futsal de demain, les structures outdoor offriront une solution alternative, à moindre coût,  à la pratique des sports de salle (à partir de 35 000 €) afin de libérer des créneaux dans les gymnases. Un nouvel outil servant les intérêts des clubs de football bien sûr, mais de manière plus large, de toutes les pratiques sportives, qu’elles soient associatives ou scolaires. A l’instar de la ville de New-York et de son projet de création de 50 terrains extérieurs, des structures outdoor commencent à sortir de terre aux quatre coins du globe.

Au niveau local, une première installation est en passe d’être achevée à Haguenau et une autre, à Guebwiller, est en cours de réalisation. Eligibles à la nomenclature FAFA, ces installations séduisent de plus en plus les collectivités territoriales alsaciennes, intéressées par la réhabilitation d’espaces macadamés à moindre coût et mutualisables. « Ces structures ont mobilisé l’intérêt du conseil départemental du Bas-Rhin qui a réalisé un audit sur l’utilisation des plateaux multisports, » explique Patrice Feys.

Mieux encore, la ville de Strasbourg s’est positionnée en faveur de la création de plusieurs terrains outdoor dans la perspective de développement d’une pratique régulière et structurée du futsal dans la métropole alsacienne. « Il y a une vraie volonté municipale de construire des équipements futsal outdoor couverts et éclairés à court terme permettant, à partir d’une approche territoriale, d’avoir une offre homogène sur l’agglomération strasbourgeoise, » décrypte le conseiller technique de la LGEF. Une réelle avancée dans la perspective du développement de la pratique de masse, à Strasbourg d’abord, puis dans d’autres municipalités, ensuite. 

Structurer les clubs

Le futsal est le sport le plus pratiqué chez les garçons en UNSS – photo Noëlle Hausser

Outil de démocratisation du futsal, ces équipements devraient donc donner un coup d’accélérateur sans précédent à un vaste plan de développement qui repose également sur un autre axe majeur, la structuration des clubs. « Pour faire avancer la pratique, les clubs doivent être mieux structurés. Afin de les accompagner dans cette structuration, La Fédération est en train de construire une licence club incluant un label jeunes futsal, à destination des clubs spécifiques et de ceux ayant une section futsal.

En échange d’une contrepartie financière, ces clubs labélisés devront répondre à certaines obligations en matière de formation de leurs éducateurs, de leur école de futsal, du développement de la pratique féminine… Cette nouvelle licence club sera présentée lors de l’Assemblée fédérale à Strasbourg en juin prochain, » détaille Pierre Jacky. Dans la perspective d’accompagnement des clubs et de développement d’écoles de futsal sur le territoire alsacien, l’opération LAFA City Tour sera d’ailleurs reconduite au printemps prochain avec une première étape à Haguenau début avril.

Action déployée pour la première fois la saison passée, cette opération a pour objectif de permettre à des jeunes garçons et à des jeunes filles de bénéficier d’une animation intégrant la pratique en espace réduit et une dimension éducative. « Nous souhaitons créer une dynamique autour des city-stades en associant les clubs avoisinant de l’espace afin de les encourager à développer une section futsal dans un deuxième temps, » précise Patrice Feys.

Parcours d’excellence sportive
Développé à la base, le futsal l’est également au niveau de son élite avec une filière d’accession au haut niveau de plus en plus structurée. Preuve de son nouveau standing, la discipline commence à trouver écho auprès des clubs professionnels, à l’image de l’Olympique Lyonnais qui en a fait une composante essentielle dans le parcours de formation de ses jeunes talents. Coïncidence, c’est à Lyon justement que la Fédération Française de Football a choisi de déployer le Pôle France futsal.

« Cette structure accueillera à partir de septembre 2018 les meilleurs élèves de 2ndes et 1ères français, » développe Pierre Jacky. Pour alimenter ce pôle d’élite à terme, un maillage districtal va être déployé dans l’hexagone. « La Fédération a la volonté de créer des sections sportives scolaires dans tous les Districts de France, » indique Pierre Jacky. En Alsace, des discussions sont en cours pour créer une section sportive scolaire 4e/3e avec le collège Jean Monnet de Strasbourg, établissement qui compte déjà une section futsal de second cycle au niveau dans son Pôle d’Excellence du Football Amateur.

Avec le déploiement souhaité d’un centre de perfectionnement technique haut-rhinois à la rentrée prochaine en complément de celui d’Ernolsheim/Bruche, les jeunes futsaleurs du District d’Alsace pourront donc bénéficier d’un parcours de formation complet – de la catégorie U13 aux seniors – destiné à les préparer à une pratique de haut niveau dans un futur proche.  Un futur proche qui n’oublie pas le développement du futsal féminin, déployé sur les mêmes bases. « A l’horizon 2020, le plan de développement sera décliné au féminin, » assure Patrice Feys.

Préparer l’élite de demain

Azdine Aigoun et l’équipe de France ont fait passer le futsal français dans une nouvelle dimension lors de l’Euro 2018 (photo Ludovic Bruneau).

 « L’Alsace est une terre historique du futsal français. A court terme, nous souhaiterions que ce territoire soit pourvoyeur de jeunes talents pour les équipes de France, » reconnaît Patrice Feys. C’est dans ce sens qu’ont d’ailleurs été constituées les détections U18, lancées il y a deux saisons pour alimenter l’équipe de France U19, et les détections U15, développées la saison dernière afin de repérer les meilleurs éléments qui constitueront la première promotion du pôle France en septembre prochain.

Structuré via la base grâce au développement des structures outdoor, dans ses clubs avec le lancement de la licence club et au niveau de son élite avec son parcours d’excellence, le futsal français prend de la hauteur. Un plan de développement sur de bons rails, conforté par la médiatisation des belles performances de l’équipe de France (passée en un an de la 36e place au 19e rang du classement mondial FIFA) et l’attrait pour la pratique du grand public. Ce n’est pas les quelques 522 000 téléspectateurs de la rencontre opposant la France à l’Espagne qui diront le contraire…  

Article publié le 19 février 2018 à 17:53

 

Par Steve Delannée

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